𝗕𝗮𝘀𝘀𝗮 : 𝗲𝗻 𝗾𝘂ê𝘁𝗲 𝗲𝘁 𝗱é𝗰𝗼𝘂𝘃𝗲𝗿𝘁𝗲 𝗱’𝘂𝗻 𝗽𝗲𝘂𝗽𝗹𝗲 𝗵𝗶𝘀𝘁𝗼𝗿𝗶𝗾𝘂𝗲 (2ème partie)

Bassa: en quête et découverte d'un peuple historique (série) 1ère partie
La grotte de Ngog Lituba.

Ancêtres connus

Les traditions Bassa s’accordent à distinguer neuf grands ancêtres communs, dont les noms classés par ordre de naissance sont les suivants : Ngog, Mbog, Njel, Mbang, Mban, Ngaa, Nsaa, Bias, Buwe. De ces neuf ancêtres naîtront 167 enfants, ce nombre n’intégrant pas les femmes. Ces ancêtres seront à l’origine de tous les clans Bassa actuels du Cameroun. Une tradition orale voudrait que le père commun à ces ancêtres, nommé Nanga, soit aussi l’ancêtre de plusieurs autres grands groupes ethniques du Cameroun, notamment les Etons, Bafia, Ewondo, Baya et Yambassa. Cependant, cinq descendants se sont illustrés au point de faire oublier les quatre autres. On utilise les vocables Ndôk ou Lôk « ceux de… » pour désigner les sous-ethnies.

 

Localisation

Le peuple Bassa est majoritairement localisé dans la partie occidentale du Cameroun. Cette partie du territoire a un sol particulièrement riche. Il s’agit d’un vaste plateau central de 60 à 700 mètres d’altitude qui s’abaisse dans sa partie orientale et qui, à l’ouest, surplombe une plaine côtière. Les rebords du plateau sont sillonnés de nombreux cours d’eau. Quelques groupes se retrouvent aussi à Bafia, à l’ouest chez les Mbô, chez les Tikar au nord et au sud-ouest du Cameroun. Le fait que certains noms des Bamilékés de Bana et Bafang s’apparentent à ceux des Bassa suggère une certaine parenté éloignée entre ces peuples. D’autres clans seraient issus de la grande famille, il s’agit des Mbang, des Eton et des Mvelé.

Organisation sociale

Le Mbog ! Peuple Bassa d’avant la colonisation avait une structure sociale de type patriarcale fortement hiérarchisée. Cette structure consistait en neuf classes sociales distinctes. Au sommet de la pyramide, se trouvaient les chefs de clans ou chefs de tribus (bakaambock), puis suivaient les membres des assemblées politiques et grands électeurs (bambombok), ensuite les hommes religieux ayant l’autorité de réviser les lois du mbok et le renvoi du Nkaambock (bangéngé), puis les princes de sang royal (dikoo di mbock), les notables (banjehjel), les enfants (bonge), les femmes (bôda), les esclaves (minkol), les captifs (minyon). Cependant l’organe exécutif du village était constitué d’un nkaambock et de huit dikoo di mbock.

Au niveau de la famille nucléaire, on trouvait cette même organisation à la fois patriarcale et matriarcale. Ainsi, selon certaines sources, la famille comprenait le chef de famille (san mbay), ses fils, ses filles, ses femmes, leurs enfants, les domestiques et les esclaves. Par la suite, venaient les cousins, les cousines, les neveux, les oncles, les tantes, la belle-mère, le beau-père, les belles-sœurs et les beaux-frères. Le village était un regroupement de plusieurs familles. Le chef du village (mbogbock) était en général issu de la famille la plus ancienne et la plus importante au sein du village. Son pouvoir auprès des siens était illimité et ne pouvait être remis en question. Il était le garant de la coutume et de la tradition, rendait justice et présidait les expéditions de razzia et de guerre.

Mariage et naissances

Le mariage était précoce et le choix de la future épouse était souvent imposé par un des parents du futur époux. Les mariages entre ethnies proches ou voisines étaient proscrits. La dot était un arrangement entre les parents des futurs époux et était constituée de victuailles et autres présents matériels; il s’agissait en général de chèvres, de volaille, de sel, d’huile, de houes et de machettes.

 

Les festivités organisées en l’honneur de la mariée duraient de deux à trois mois. Une fois le mariage effectif, la jeune mariée intégrait de façon définitive la famille de son époux et ne pouvait guère divorcer. Lorsqu’un époux devenait veuf sans qu’il ait eu des enfants, la famille de la défunte pouvait offrir en mariage une des leurs sans exiger une nouvelle dot. La stérilité, considérée comme une malédiction, était toujours attribuée aux femmes. Les Bassa étaient en général polygames et le nombre d’épouses n’était guère limité. Les épouses avaient un rang correspondant à leur niveau dans la hiérarchie au moment du mariage. Le mari polygame pouvait donner son accord à sa femme d’avoir les relations sexuelles avec un autre tout en restant son époux.

Durant la grossesse de son épouse, le géniteur consultait le prêtre du Ngambi afin de s’enquérir des pratiques spéciales et rites favorables aux accouchements sans douleur et sans accident de son épouse. Une sage-femme offrait des soins et décoctions afin de faciliter l’accouchement. Après l’accouchement, la femme restait alitée cinq ou quatre jours respectivement, selon que le bébé était de sexe masculin ou féminin. Durant cette période, on lui concoctait des mets chauds accompagnés de vin de palme afin de provoquer une abondante lactation. Une fois cette période de repos terminée, le nouveau-né était présenté à la famille et aux amis à l’occasion d’une cérémonie particulière. Durant cette cérémonie, on versait l’eau recueillie durant les ablutions de l’accouchement sur le toit de la maison familiale, et cette eau devait (représentant le créateur) par la suite retomber sur l’enfant afin de le protéger du mauvais sort.

Une fois cette étape traversée, la mère revêtait une tenue traditionnelle faite de guirlandes (les esprits des anciens), de feuilles et de coquilles d’escargot (symbolisant les êtres vivants); ainsi parée et tout en dansant, elle faisait le tour des cases du village afin de présenter le nouveau-né aux autres membres de la communauté. Le nom donné à l’enfant était prescrit par le prêtre du Ngambi et pouvait s’apparenté à celui d’un ancêtre mort ou celui d’un ancien du clan.

 

La durée de l’allaitement maternel pouvait aller jusqu’à deux années consécutives, et ce jusqu’à ce que le nouveau-né apprenne à marcher. L’enfant demeurait ainsi auprès de sa mère et l’accompagnait dans ses différentes activités quotidiennes.

La période de l’adolescence commençait dès l’âge de dix ans. À cet âge, l’enfant retrouve tous les soirs les autres garçons pour écouter les contes et leçons de morales des anciens. La première cérémonie initiatique était la circoncision, et on ne devenait homme qu’après avoir été circoncis. La cérémonie était une occasion de fêter et un banquet était de rigueur.

Les traditions Bassa s'accordent à distinguer neuf grands ancêtres communs, dont les noms classés par ordre de naissance sont les suivants : Ngog, Mbog, Njel, Mbang, Mban, Ngaa, Nsaa, Bias, Buwe
Les rites en pays bassa.

La date de la cérémonie, le lieu, et la convocation du spécialiste « Nkwee bi ok » était fixée par les prêtres du Ngambi. Durant cette phase initiatique, on transmettait aux futurs circoncis les enseignements relatifs à leur généalogie, l’histoire du clan, du village et enseignement nécessaires à son émancipation. Cette épreuve devait être surmontée avec beaucoup de bravoure et stoïcisme sous peine d’être la risée du village. Dans la tradition Bassa à l’époque, un enfant qui mourrait avant d’avoir eu son prénom issu du baptême traditionnel était considéré comme n’ayant jamais fait partie de la famille. Aucun deuil ne lui était accordé.

Vie matérielle

Les activités quotidiennes des Bassa étaient diversifiées. Ils pratiquaient la chasse, la cueillette, l’agriculture et l’élevage. Les produits de la cueillette étaient les champignons, les fruits sauvages, les herbes diverses et surtout médicinales. Ils élevaient des chèvres, des moutons et la volaille. La chasse se pratiquait en groupe ou en solitaire. Les chasses collectives s’effectuaient à l’aide de chiens portant des grelots et, souvent, avec de vastes filets. Pour la chasse en solitaire, les Bassa avaient recours à de nombreux pièges tels les lassos, traquenards et fosses armées de pointes.

La pêche était pratiquée sous diverses formes : l’empoisonnement des eaux, la pêche à l’épervier, à la ligne et à la nasse. L’agriculture était la principale occupation des Bassa. Les hommes étaient chargés de débroussailler des parcelles de forêt qu’ils mettaient à disposition de leurs femmes afin qu’elles puissent y cultiver. Les cultures maraîchères étaient diversifiées, comprenant des tubercules (macabo, igname, taro, manioc), des graines (pistache, haricot vert, melon, arachide), des fruits (ananas, papaye, goyave, mangue sauvage), des légumes (salade, persil, betterave). L’artisanat bassa précolonial était essentiellement axé sur ses différentes activités quotidiennes. Ainsi, le forgeron du village fabriquait le matériel usuel tel les coutelas, lances, couteaux de cuisine, grelots pour les chiens, machettes et houes. Le charpentier utilisait le bois pour faire les différents meubles de la maison tels les chaises, les nattes.

Le potier était chargé de la fabrication des marmites, jarres et gargoulettes entre autres. Les pêcheurs fabriquaient les pirogues et les filets de pêche, construisaient les barrages sur les cours d’eau (makot). Les prêtres faisaient fabriquer les tambours, balafons, gongs et tam-tams. Les chasseurs tendaient des pièges dans la forêt, effectuaient la chasse à course, à l’arbalète et à la fronde.

Les cases des Bassa étaient rectangulaires et comportaient trois à quatre pièces. Les cases étaient construites en terre battue, crépies à la chaux ou à l’ocre. Elles étaient très solides afin de pouvoir résister aux intempéries et attaques des panthères et autres animaux sauvages. Chaque homme et chaque femme disposait d’une case. La case principale, bien plus grande, servait de salle de repas en commun et de case pour les hôtes de passage. Un grand feu de bois morts était allumé au milieu de la case principale lorsqu’elle était occupée, et on disposait les lits faits de bambous et de nattes tout autour. Les hommes et les femmes veillaient ainsi en compagnie de leurs hôtes jusque tard dans la soirée avant de se retirer. Le chef de famille avait une case dans la forêt, où il entreposait les secrets de la famille et tenait les réunions importantes.

A suivre…

S.D.

 

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